En 2024, les scores de Muriel Moreno ne faiblissent pas. L’ombre de Niagara plane, discrète mais puissante, sur la pop française. Nul besoin de statistiques pour le constater : les hommages, les reprises, les clins d’œil se multiplient depuis trois décennies. Les artistes d’aujourd’hui, qu’ils jouent en clubs ou remplissent les Zéniths, citent son nom sans détour. Les institutions l’intègrent à leur patrimoine, tandis que les jeunes pousses cherchent conseils, inspiration ou collaboration éphémère. Ce qui se murmurait dans les cercles new wave s’affiche désormais partout sur la scène nationale.
Muriel Moreno, figure singulière de la pop française : un parcours hors des sentiers battus
Née à Chinon en 1963, Muriel Moreno n’a jamais suivi le plan tout tracé. Adolescente, elle jongle entre littérature, histoire de l’art à l’université de Rennes et une appétence insatiable pour la liberté, avant de fonder avec Daniel Chenevez le duo Niagara. Avec sa voix qui ne ressemble à aucune autre, elle traverse les années 80 et 90, imposant une énergie rare, une force brute, dans des titres devenus incontournables : « Tchiki Boum », « L’amour à la plage », « Pendant que les champs brûlent ».
L’après Niagara n’a rien d’un retour en arrière. Muriel Moreno prend le contrepied de la nostalgie facile. Elle se réinvente en solo, sort trois albums entre 1996 et 2001, puis s’affranchit des frontières musicales. L’électronique l’attire, elle fonde Dynamo avec Marc Collin, s’offre des collaborations inattendues, dont celle avec Plaisir de France. On la retrouve là où on ne l’attend pas, fidèle à sa volonté d’innover, sans jamais céder au confort.
Au fil du temps, la scène ne lui suffit plus. Elle se lance dans le DJing, apprend la production, expérimente. Après 2010, elle met la musique en retrait, se consacre au yoga et au fitness, devenant coach. Ce choix, loin d’être une rupture, prolonge son goût pour la transmission, la discipline, l’engagement du corps et de l’esprit. La créativité, chez Moreno, ne s’arrête jamais, elle change simplement de terrain de jeu.
Ce parcours, tout sauf linéaire, façonne la légende Muriel Moreno. Son pseudonyme, jeu d’anagramme avec Marilyn Monroe, dit tout : hommage, jeu, désir d’indépendance. Peu d’artistes ont traversé autant de territoires sans se répéter ni s’enfermer dans une recette. C’est cette audace qui, trente ans après, continue d’alimenter son aura.
Pourquoi son influence continue de résonner dans la création musicale contemporaine
Muriel Moreno, avec Niagara, a semé bien plus que des tubes dans le paysage musical. Aujourd’hui, la pop française continue d’absorber, de digérer, de réinterpréter leur héritage. Les sons synthétiques, l’énergie hybride entre rock et new wave, les refrains sensuels : tout cela irrigue la musique actuelle, des radios aux plateformes de streaming.
Mais l’influence de Moreno ne se réduit pas à la nostalgie ou à la réhabilitation d’un style vintage. Ce qui frappe, c’est cette liberté de ton, ce refus de la facilité. Sa voix, à la fois puissante et troublante, sert de boussole à une nouvelle génération d’interprètes féminines. Sa trajectoire en zigzag, de chanteuse pop à exploratrice de l’électronique, puis coach sportive, inspire un rapport décomplexé à la création. Oser bifurquer, se réinventer, tout lâcher pour mieux revenir, voilà la leçon.
Voici comment son influence s’exprime concrètement aujourd’hui :
- Reprises des tubes de Niagara, en live ou sur disque, par des artistes comme Clara Luciani ou Juliette Armanet, qui assument pleinement l’héritage.
- Références assumées à l’esthétique sonore et visuelle du groupe dans les clips et arrangements de la scène pop actuelle.
- Présence des titres de Niagara dans les playlists, les émissions, les documentaires consacrés à la chanson française et à la pop hexagonale.
Il y a dans le parcours de Moreno une forme de fidélité à l’audace, une capacité à ouvrir des voies là où d’autres répètent les formules du passé. Sa trajectoire nous rappelle que la véritable empreinte artistique ne s’efface pas avec le temps ni avec les tendances. Elle s’enracine, se transmet, et continue de faire vibrer la scène contemporaine. Qui aurait parié, en 1993, qu’un tel souffle traverserait les générations ?


